La macchina ammazzacattivi


La macchina ammazzacattivi (1952 n/b 80 min)
VF: La machine à tuer les méchants

réalisateur: Roberto Rossellini
scénaristes : Sergio Amidei, Giancarlo Vigorelli, Franco Brusati, Liana Ferri et Roberto Rossellini
compositeur: Renzo Rossellini

Gennaro Pisano : Celestino
William Tubbs : Touriste américain
Marilyn Buferd : Touriste américaine
Giovanni Amato: Le maire
Clara Bindi : Giulietta Del Bello

synopsis: Grâce à la révélation de son Saint protecteur, le photographe Celestino Esposito découvre que son appareil photo a un pouvoir spécial : un simple click peut faire disparaitre des hommes diaboliques. Les miracles s’enchaînant (une subvention de onze millions de lires est attribuée à la ville), il est persuadé que c’est Saint-André lui-même qui est derrière ceux-ci. À ces mannes financières succèdent querelles et animosités dans toute la ville. Celestino comprend alors que derrière tout ça se cache plutôt le Diable en personne…

note : 6/10

Œuvre particulière dans la carrière de Roberto Rossellini parce qu’elle adopte un ton volontiers comique, ce film se veut avant tout une fable très moralisatrice mais douée d’une résonance vibrante qui sait creuser une réflexion profonde sur la notion du bien et du mal.

Sous ses airs un brin simplistes, sans doute dus à la simplicité des « personnages », caricatures ou archétypes des notables et petites gens d’un village côtier italien d’après guerre, avec ses corruptions, ses rapports de force, ses relents fascistes, ses mendiants, ses nantis, son usurière honnie de tous mais indispensable, son saint, ses processions religieuses, etc… cette comédie fantastique délivre donc un message qui se veut édifiant et dans le même temps qui n’en demeure pas moins complexe. En fin de compte, elle apparait plutôt réaliste. Compliqué, hum? Peut-être, oui, à l’écrire, mais Rossellini assure une mise en scène fluide et par conséquent qui clarifie avec aisance tout cela.

A la fin du film, ce qui avait paru jusque là comme une étude de mœurs rigolote, où la part de fantastique, voire fantasmagorique, servait de prétexte à souligner le pittoresque de cette communauté de pécheurs pêcheurs plus clownesques les uns que les autres, assène d’un seul coup une morale pas conne du tout, sonnant comme une démonstration par A+B que les jugements de valeur portés sur les autres sont des pratiques plutôt casse-gueules finalement, compte tenu de l’extrême difficulté pour chacun de cerner les méandres de l’esprit, comme l’essence même des aléas de l’existence.

Enfermé entre deux parenthèses scéniques astucieuses et poétiques (une main, celle d’un magicien, d’un dieu ou d’un démon, arrange une maquette du village et y déplace les personnages principaux), le film trace une route somme toute bien balisée, très agréable à suivre, sur laquelle le ton souriant joue le rôle de médium à une pensée sensiblement intelligente. Même si Rossellini s’essaie à un genre, la comédie, qui n’est pas celui auquel sa filmographie nous a habitué, cette tentative s’avère plutôt heureuse, sans être exceptionnelle, avec quelques moments savoureux.

A la rigueur, si je veux être tout à fait exhaustif et honnête, il me faudrait sans doute souligner que le personnage central, le photographe qui découvre que son appareil photographique lui permet d’éliminer les emmerdeurs, interprété par Gennaro Pisano, n’offre pas toutes les garanties d’un jeu maîtrisé. Je me demande même si ce n’est pas un acteur amateur (un coup d’œil sur imdb me le confirme, en tout et pour tout trois films à son actif, celui-ci étant son dernier). On le voit aussi en coup de vent dans Dov’è la libertà…? ce qui n’est pas signalé sur IMDb. Personne n’est parfait.

début du film en VO avec le générique

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