La Supertestimone


 La supertestimone 1971 Franco Giraldi avec Monica Vitti & Ugo Tognazzi  La Supertestimone  (1971)
VF:  Super Témoin (1974)

realisateur:  Franco Giraldi
scénaristes: Tonino Guerra, Ruggero Maccari et Luisa Montagnana
compositeur: Luis Bacalov

Avec Monica Vitti … Isolina Pantò
Ugo Tognazzi … Marino Bottecchia surnomme ‘Mocassino’
Orazio Orlando … Charlot
Véronique Vendell … L’amie photographe

synopsis: Quand une prostituée dont il est le souteneur est assassinée, c’est tout naturellement que Marino Bottechia dit « Mocassino » est suspecté. Accusé par Isolina Pantò, témoin du crime, il est condamné à 20 ans de prison. Derrière les barreaux, il reçoit régulièrement la visite d’Isolina, qui non contente de l’épouser, va tout mettre en œuvre pour le faire libérer…

note:  8+/10

Super Témoin constitue pour Franco Giraldi une sorte de diptyque avec Les Ordres sont les ordres réalisé l’année suivante et où dans les deux cas il scrute de manière très différente l’émancipation de personnage féminin incarné par Monica Vitti. Sans être dénué d’intérêt Les Ordres sont les ordres ne s’avéra pas pleinement aboutit dans l’exploration de ces thèmes tandis que ce galop d’essai offre une des comédies italiennes les plus singulière de l’époque.

Le film s’ouvre sur une note plutôt sordide avec le repêchage d’une voiture dans un canal où gît le cadavre d’une prostituée. Le premier interrogé sera le compagnon de la victime, le coquet et amateur de chaussure Marino « Mocassino » Bottechia (Ugo Tognazzi) mais alors que l’enquête semble pencher vers le suicide un témoin se manifeste pour accabler le suspect en la personne de Isolina Pantò (Monica Vitti).

Sans trop s’embarrasser et sur le motif de cette seule accusation Marino se retrouve condamné à 20 ans de prison, d’autant qu’on découvrira qu’il était en fait le proxénète de la victime. La trogne sympathique et les manières chaleureuses de Tognazzi le rendent immédiatement attachant, faisant douter de sa culpabilité tandis que la fiabilité du témoin laisse plutôt dubitatif. Isolina est une vieille fille frustrée dont la peur des hommes amène à interpréter chaque gestes et regard comme une velléité d’outrages à sa vertu signifiée par sa peur panique lorsqu’elle se trouvera seule dans un ascenseur avec un membre du sexe opposé.

Le doute se vérifiera bientôt puisque Isolina semble avoir accusé à tort Marino mais Giraldi avec un beau sens de la satire croque bien l’incompétence de la justice tout d’abord dans une scène onirique montrant la condamnation quelque peu expéditive et injuste puis plus tard le déni lorsque l’entité judiciaire se dédouane en maintenant la peine désormais réduite à 4 ans pour ses activités de souteneur.


Cette introduction aura servi à montrer les univers très différents de Marino et Isolina et ainsi introduire l’étonnante relation qui va se nouer entre eux. Isolina se sentant coupable va rendre régulièrement visite à Marino, lui amenant de nombreux cadeaux afin d’améliorer son quotidien. Ainsi lestée de tout contact physique, le lien va se faire plus intime et sincère durant les courts moments partagés au parloir. On devine un sentiment plus vaste que la simple culpabilité dans les attentions d’Isolina (qui a suivi Marino dans la région de la prison où il a été déplacé) et Marino perd progressivement de ses manières rustres face à celle à laquelle il a pourtant toutes les raisons d’en vouloir.

Le scénario explore même plus en avant cet amour et désir chaste lorsque le couple improbable va se marier en prison sans avoir pu consommer son union. Giraldi capture à merveille la frustration sous ses différentes formes : la détresse des prisonniers amenés à se soulager leurs désir de manières inavouables et assez sordides montrées de manière plutôt crue. De l’autre on a Isolina tiraillée également entre sa libido naissante et sa peur de l’acte physique.

Le récit procède ainsi par inversion où Marino après s’être ouvert à une romance chaste devra dompter ses pulsions masculines par la patience et le goût du fantasme (cette imagination pouvant aussi nourrir le romantisme quand ils s’imaginent ensemble Place Saint Marc en fermant les yeux) tandis qu’au contraire Isolina devra nourrir les attentes de son époux en se libérant de ses inhibitions à travers divers jeux amoureux sans contact comme des photos ou de l’exhibitionnisme.

Les deux acteurs sont formidables pour véhiculer cette tension érotique. Tognazzi délivre un grand numéro tout en regard fiévreux et parole suave, l’isolation ôtant tout machisme potentiel à son personnage très attachant. Monica Vitti est tout aussi convaincante en vieille fille découvrant son pouvoir de séduction.

Cela passera grandement par le physique et la tenue vestimentaire notamment, un simple déboutonnage de chemisier ou l’apparition/disparition d’une moustache signifiant un changement majeur dans l’attitude des personnages.

Le constat s’avérera cependant plus sombre au final, cette relation subtilement nouée ne pouvant survivre à l’assouvissement de l’acte et aux tentations et facilités du monde extérieur. Alors que les contraintes du cadre de la prison avait permis d’exprimer une étonnante chaleur et humanité, la « liberté » refait naître l’hypocrisie dans une conclusion d’une noirceur surprenante qui remet tout en question.

Extrait de la VF avec Ugo Tognazzi

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