Mes monstres – memoires de Dino Risi


Dino Risi Mes monstres memoiresDix ans plus tard la publication en 2004 I miei mostri voila une traduction française des mémoires de Dino Risi: Mes monstres (Edition de Fallois | l’Age d’homme).

Dans cette confession autobiographique qui se place sous le signe des «Monstres» et des «Nouveaux Monstres», galerie de personnages de l’Italie de l’après-guerre cyniques, Risi se révèle être l’égal des Sordi, des Tognazzi, des Mastroianni et des Gassman qu’il mit en scène dans toute leur humanité, dans toute leur italianité. Des monstres d’égoïsme, certes, mais tellement humains, tellement vivants.

On rencontre le Tout-Rome du cinéma dans ces pages, c’est-à-dire le monde entier, au cours de ces glorieuses décades que furent les années cinquante, soixante et soixante-dix. Acteurs et actrices, producteurs, cinéastes, les héros sont italiens, français, américains, suédois. Et le miracle a lieu. Tous ces personnages, comme leurs spectateurs, sont issus de tous les milieux et c’est pour cette raison que le public les a suivis : parce qu’il se reconnaissait dans ses héros, parce qu’il s’identifiait à eux.

Drôle, émouvant, profond, léger, subtil, sensuel, Risi ne lasse jamais son lecteur : il lui fait comprendre, en grand narrateur, à quel point il lui est proche. Comme le poète, il s’adresse à lui avec ces mots : «Mon semblable, mon frère.»

Dino Risi (1916-2008) a été de longues années durant une figure centrale du cinéma italien. Entre 1960 et la fin des années 1990, il collabore avec les plus grands, de Romy Schneider à Marcello Mastroianni et d’Ugo Tognazzi à Sophia Loren. Souvent nommé mais jamais récompensé au Festival de Cannes, il reçoit en 2002 un Lion d’or au Festival de Venise.

Article d’Eric Neuhoff, paru en janvier 2014

Dans Mes monstres, le réalisateur italien, mort en 2008, raconte, grâce à des anecdotes, ses digressions et ses regrets. Des Mémoires en forme de conte.

Des Mémoires? Il faut le dire vite. Dino Risi se rappelle dans le désordre. Celui dont le nom se confondait avec la comédie italienne parle finalement assez peu de cinéma. Il file les anecdotes, raconte des histoires drôles, brosse le portrait des gens qu’il a croisés. Il est devenu médecin par hasard, a bifurqué derrière la caméra parce qu’il a rencontré Alberto Lattuada chez un antiquaire. Résultat: cinquante films, quelques chefs-d’œuvre (Le Fanfaron, Parfum de femme), des fumisteries aussi. Tout cela n’est pas grave.

Ses souvenirs jouent à saute-mouton. Ils ressuscitent sur le clavier de son Olivetti Studio 46. Risi pensait ne pas survivre à l’an 2000. Il est parti en 2008, à 92 ans, a rédigé ces pages en 2004. On y découvrira son don de conteur, son goût de la digression, sa modestie et ses regrets. Sa guerre fut une farce. Il ne prit son métier guère plus au sérieux. Cela a donné ce que l’on sait. À l’école primaire, il voit les courts-métrages de Charlot et refuse d’aller au catéchisme. «Parce que je suis libre-penseur», lance-t-il à son institutrice. Quand il tape sur sa machine, tous ses amis sont morts. La tombe de Gassman porte l’inscription: «Au cinéma, comme dans la vie, il ne s’est jamais fait piquer son créneau.» Risi, lui, n’aurait pas détesté mourir à Waterloo.

À Rome, son balcon donne sur un zoo. Dans son livre, on tombe sur de drôles d’animaux. Il y a Anita Ekberg et Alida Valli, qui semblent avoir séjourné toutes les deux dans son lit (pas en même temps). Sur un plateau, Mastroianni doit faire huit prises pour embrasser Romy Schneider. Commentaire de l’acteur: «Et dire qu’on me paie pour faire ça!» Le réalisateur fournit les adresses de ses restaurants favoris -mention spéciale pour Otello alla Concordia-, décrit avec émotion certaine maison Via San Pietro, à Milan (grosse tendresse pour les prostituées), décrit ses rêves, aligne les aphorismes. «La télévision, c’est mieux que le cinéma. On sait toujours où se trouvent les toilettes», «Vous êtes pressé? Roulez avec Pirelli, tirez-vous une balle dans la peau avec Beretta, masturbez-vous avec Sandrelli», «Le cinéma: une femme nue et un homme avec un pistolet. Quelque chose entre l’horlogerie de précision et la traite des blanches.»

Catherine Deneuve lui a envoyé une lettre d’insultes. À la projection calamiteuse du Bon Roi Dagobert à Cannes, Coluche lui a glissé à l’oreille: «C’est toi qu’on siffle.» Les Brigades rouges l’ont menacé. Cet ancien psychiatre est revenu de Freud: il préfère le baby-foot. Cela s’appelle la sagesse. Des remords? «J’aurais voulu être irrésistible comme Cary Grant, intelligent comme Einstein et j’aurais aimé danser comme Fred Astaire.» Au lieu de ça, il a fait rire l’Europe entière. L’humour continuait à rafler la mise: «L’unique gymnastique à laquelle je m’adonne, c’est de presser mon jus d’orange à la main.

Et une émission de France Culture qui parle du livre de Dino Risi a partir de la 93e min (durée 25min) qui est
relativement intéressante.

On peut comprendre la nostalgie de Dino Risi au moment ou il rédige ses mémoires qui a perdu tout ses amis au début des années 2000.
L’age d’or de la comedie italienne (1958-1977) a assez bien coïncidé avec son boom économique. Les années de plomb en Italie (années 70 et 80) a radicalisé sa forme puis a participe avec les chaînes TV commerciales de Berlusconi a le detruire progressivement et indirectement.

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